Édito

À l’heure où quelques mots choisis doivent introduire cette 21e édition des Rencontres Musicales de Vézelay, ils sont forcément imprégnés de l’atmosphère du moment.

Quelques jours à peine nous séparent à cet instant précis des artistes sans savoir quand nous pourrons à nouveau rire et pleurer avec eux. Voyager dans l’été musical que nous continuons à préparer ardemment éveille une impatience immense de vous retrouver lors de ce grand rendez-vous à la fois exceptionnel et humain.

Plus que jamais, nous avons voulu que Vézelay scintille au carrefour d’une Europe musicale en mouvement, jadis façonnée au sceau des Nations, mais depuis toujours éprise de la rencontre des traditions, des aspirations, des circulations qui l’ont incessamment animée et rendue vivante.

Cette rencontre est belle et bien la clef de ces Rencontres : elles sont celles de la musique qui se forge et se vit avant tout dans le partage et dans l’échange.

Là où les circonstances poussent parfois à dresser des murs, les musiciens n’ont jamais cessé de jeter des passerelles qui enjambent les siècles et les frontières pour éclairer, de lueurs d’émotions incandescentes, les quêtes intemporelles de nos existences.

Quand nous rions et pleurons avec eux, se sentir humain devient alors possible.

Désormais libérées de leur voile occultant – symbole inconvenant mais nécessaire d’une cure de jouvence au long cours – les portes immaculées de notre splendide basilique s’ouvrent en grand sur quelques célèbres monuments d’un XVIIIe siècle d’une confondante richesse. Cap vers une France flamboyante de ses fastes sacrés, avec les somptueux Grands Motets de Rameau et de Mondonville ; vers une Angleterre lasse des opéras d’un Georg Friedrich Haendel, au prélude de ses grands oratorios avec un joyau si rarement joué, L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato ; vers une Autriche engagée dans la campagne d’Egypte avec, en ponctuation magistrale de cette édition, la Missa in Angustiis, d’un Joseph Haydn aux confins de son existence, alors réfugié à la tâche dans le calme d’Eisenstadt.

Aux côtés de ces chefs-d’œuvre, le feu brûlant des terres andalouses jaillira par la voix de la célèbre cantaora Rocío Márquez, dans une rencontre palpitante dont seul l’Ensemble Aedes dirigé par Mathieu Romano détient le secret.

Des accents ibériques crépitant tout au long du festival lors d’ateliers, d’un grand bal flamenco au cœur du village, et bien d’autres invitations et surprises à découvrir, à danser et à déguster – Cantoría, Las Migas, un bingo musical, une paella géante – sans compter une collaboration nouvelle avec le Festival International de Musique et de Danse de Grenade qui inaugure, pour l’Académie de direction de chœur, l’enthousiasmante perspective d’un rayonnement européen.

Preuve de notre engagement auprès de jeunes chefs et ensembles prometteurs, soulignons quelques premiers pas qui ne passeront certainement pas inaperçus au sommet de la colline éternelle pour l’Ensemble Marguerite Louise dirigé par Gaétan Jarry, Le Stagioni, par Paolo Zanzu, et pour le coro e orchestra Ghislieri dirigés par Giulio Prandi, dont on appréciera fièrement l’exclusivité française d’un Miserere de Niccolo Jommelli qu’il affectionne tant et nous livre en cadeau. Qu’on se le dise, c’est aussi l’avenir qui s’écrit aux Rencontres !

Un engagement pour la création musicale, sous le nom de Roland Hayrabédian, figure incontournable du monde choral d’aujourd’hui. À la tête de l’ensemble Musicatreize qu’il emmène voyager chez 12 compositeurs et compositrices de notre temps, il signe un hommage original à l’immense Ludwig van Beethoven, initié en collaboration entre la Cité de la Voix, la Philharmonie de Paris et la MC2 de Grenoble, à l’occasion des 250 ans de la naissance du génie allemand.

Un engagement enfin pour nos amis chers. S’ils le sont tous, Jean Tubéry en est un précieux et pour le moins fidèle. Son parcours exceptionnel croise l’épopée des Rencontres Musicales, il est à la mesure de ces trois dernières décennies passées à la tête de La Fenice.

Preuve, s’il en fallait une, que le temps n’a finalement pas de prise, malgré ses turpitudes, ni sur la passion, ni sur le talent.

François Delagoutte
Directeur de la cité de la voix