Édito

© Vincent Arbelet

Ancrées sur la colline de Vézelay, l’un des tout premiers sites français inscrits par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, les Rencontres musicales de Vézelay sont indéniablement l’un des rendez-vous les plus attendus de l’été culturel en Bourgogne-Franche-Comté. Nombreux et fidèle, le public sait qu’il aura l’occasion d’y entendre les artistes et les formations les plus réputés, mais également des œuvres ou des programmes inattendus, qui sortent des sentiers battus pour s’en aller parcourir autant les siècles que les continents.

Placée sous le signe de la paix et de la fraternité, cette 26e édition ne fait pas exception. De Vivaldi à Bernstein, en passant par Bach ou Charpentier, elle bifurque vers le gospel, convoque la tradition des griots africains, rebondit vers les chants traditionnels bulgares… Poulenc et Arvo Pärt succèdent à Mendelssohn, la poésie soufie s’appuie sur la harpe, tandis que des ateliers permettent de s’initier par exemple au chant diphonique mongol, si envoûtant.

Temps fort de la Cité de la Voix, désormais centre national d’art vocal, dont l’action s’est considérablement développée ces dernières années à Vézelay et dans l’ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté, les Rencontres musicales témoignent de la réussite d’un projet majeur et structurant.

Créée à l’initiative de la Région il y a plus de quinze ans, la Cité de la Voix est en effet l’une de nos grandes fiertés, illustrant notre volonté de porter une culture exigeante, accessible et profondément ancrée dans nos territoires.

Dans une période marquée par les incertitudes, les inquiétudes, les doutes, les tensions, la Cité de la Voix et les Rencontres musicales de Vézelay sont un repère précieux. Elles illustrent l’engagement sans faille de la Région Bourgogne-Franche-Comté en matière de politique culturelle, mais nous rappellent également de la façon la plus limpide combien la culture – et singulièrement l’expérience collective de la culture – nous est essentielle, en ce qu’elle nous dépasse, nous emporte, nous enrichit, et finalement nous libère.

Aussi je tiens à saluer le travail de l’ensemble des équipes artistiques et techniques, la mobilisation enthousiaste des bénévoles, ainsi que la fidélité des partenaires et du public, qui font chaque année de ce rendez-vous un grand succès.

Je vous souhaite, à toutes et à tous, de très belles Rencontres musicales de Vézelay.


© Vincent Arbelet

À Vézelay, rien ne commence jamais tout à fait au même endroit. Il faut monter, franchir, atteindre. La musique, ici, ne fait jamais événement mais s’invite comme une présence. Elle s’insinue dans le silence, dans la pierre, dans le souffle des voix en polyphonie. Elle accompagne ce que chacun porte en lui, sans forcément le nommer.

Cette édition des Rencontres musicales appelle à l’écoute intérieure. Elle ne cherche ni l’éclat ni le manifeste. Elle avance par des moments de fragilité et de clarté. Elle n’ignore pas la violence du monde, mais ouvre des temps d’enracinement et d’apaisement. Elle impose moins de réponses qu’elle n’esquisse des chemins.

La paix, au cœur de cette édition, n’est jamais une proclamation. Ici comme ailleurs, elle ne peut l’être. Elle infuse dans le dialogue au fil des siècles, dans l’attention partagée, comme dans la joie simple d’un élan collectif.

Les Rencontres musicales de Vézelay se vivent ainsi comme une traversée. D’un lieu à l’autre, d’un répertoire à l’autre, d’une émotion à une autre. On y écoute seul parmi les autres. On y éprouve la force d’être ensemble sans perdre son intimité. On y découvre que l’essentiel ne tient pas tant à ce que l’on comprend qu’à ce que l’on ressent, à ce qui se déplace en soi.

Le Vézelay de Romain Rolland n’a pas changé.

Comment aujourd’hui ne pas penser à lui, à son pacifisme radical, à son exigence morale, à cette colline, comme refuge d’inspiration et de pensée face au chaos du monde ?

Et à sa conception de l’art comme horizon de conscience, de liberté et de fraternité silencieuse.

Ici, chaque pas que nous faisons pour monter, franchir, atteindre, ranime cette mémoire vive.

Alors si ces Rencontres ont un sens, c’est peut-être celui-ci : offrir un temps où l’écoute redevient possible. Un temps où les voix n’ajoutent pas du bruit mais ouvrent un intervalle.Un temps pour être là, ensemble, et peut-être, repartir autrement.