Cité de la Voix 03.09.19 Cité de la Voix

Sounding Jerusalem – édito

De Vézelay à Jérusalem : la voix comme trait d’union entre deux cités-monde

Il y a 40 ans, Vézelay et sa colline entraient, parmi les tout premiers biens français, sur la liste du patrimonial mondial de l’UNESCO.

Quel défi de célébrer un tel anniversaire ! Il fallait au moins partager l’amour de cette colline où soufflent l’esprit et l’histoire, et indéniablement, comme nulle part ailleurs, un vent d’éternité. Mais alors que faire pour cette occasion ? Là où tant de grands écrivains et artistes ont laissé leurs magnifiques témoignages.

Là où tant semble déjà avoir été dit et écrit.

Peut-être fallait-il d’abord revenir au sens de cette inscription aux yeux de nos contemporains. Que peut bien représenter cette notion de « patrimoine mondial », quelle en est sa valeur pour les milliers de visiteurs et de pèlerins qui arpentent chaque année le site de Vézelay ? Pour les habitants et les communautés religieuses qui y vivent ? Pour les artistes qui s’y installent en résidence le temps de la création ou même plus durablement ?

Nul doute qu’à ces questions correspondent autant de réponses que d’individualités. Celle qui nous a immédiatement rassemblé entendait se tourner vers le monde et nécessairement convoquer d’autres regards, pour suggérer une (re)découverte du site par l’autre et par l’ailleurs, pour mettre en relief toute sa force et ses singularités.

L’idée de relier Vézelay à Jérusalem s’est ainsi rapidement imposée à nous.

Gageons que ce choix ouvre une voie œcuménique.

Il est en tous cas fondateur de notre compagnonnage, celui de deux institutions dont l’une, la Cité de la Voix, fait la musique, et l’autre, l’Institut de recherche en musicologie, l’étudie : chacun participant à la diffusion de cet art qui nous réunit, avec ses moyens et ses objectifs propres.

Vivre au quotidien Vézelay, consacrée chef d’œuvre du génie humain, c’est toujours être au cœur d’une tension entre dimensions universelle et individuelle. Il en est ainsi de Jérusalem, ville de collines sacrées, ville modèle et ville mémoire du Christianisme, du Judaïsme et de l’Islam, dont l’histoire et l’actualité résonnent aussi au-delà du fait religieux. Jérusalem est bien une ville monde, une ville de cultures et de partages, peut-être la plus emblématique de cette notion au cœur des valeurs de l’UNESCO.

Quel autre endroit aussi imprégné d’une histoire multiséculaire et multiculturelle, appartenant à tous les peuples du monde, s’est en effet hissé en lieu de rassemblement et de convergence, de rencontres et d’appel à la spiritualité ? Quel autre endroit suggère ce cheminement à la fois intime et collectif, cette parenthèse hors du temps, au milieu des collines et dans d’étroites ruelles menant à des lieux saints mondialement célèbres ?

C’est, à Vézelay, une basilique nichée au cœur d’un écrin naturel exceptionnel. C’est, à Jérusalem, un ensemble de sanctuaires — une église, un mur, une esplanade et une mosquée — au cœur de la foi des trois monothéismes.

Jérusalem et Vézelay sont des cités qui invitent au mouvement. On va vers elle, et on en transporte la mémoire, les émotions et l’imaginaire.

Jérusalem et Vézelay sont deux lieux de mémoire qu’il nous a semblé important de mettre en regard. La mémoire et la topographie légendaire de la première ont inspiré tant de reproductions, attiré tant de regards et de passion, que nous avons voulu l’interroger par la musique, elle aussi dialectique entre l’intime et la communauté, entre l’individu et le collectif, art du partage absolu. En effet, quelle autre ville que Jérusalem a été autant chantée et mise en musique, depuis plus de deux millénaires, dans diverses langues, et par plusieurs cultures et croyances ?

C’est finalement dans cet interstice entre ce qui semble s’ouvrir à tous et s’animer dans le plus profond de notre être que se forge l’expérience unique de Vézelay comme celle de Jérusalem. L’idée de tracer un trait d’union symbolique entre ces deux Cités-monde s’est donc imposée, immédiatement confortée par la révélation de connivences multiples, l’envie de les explorer davantage, et par une volonté partagée de conférer à cet évènement-anniversaire une triple ambition.

Celle d’abord des valeurs : l’ouverture aux autres et au monde, une invitation au voyage, à regarder loin, telle l’expression d’une respiration vitale pour échapper à l’asphyxie d’une société en proie aux dangers du repli sur soi. Notre démarche est à la fois simple et complexe, à l’image de son objet, qui est autant réel qu’imaginé et passionné.

Celle ensuite d’une exigence intellectuelle et artistique, réunissant les chercheurs les plus érudits, venus du monde entier, et les musiciens talentueux de l’Ensemble La Tempête, dirigés par Simon Pierre Bestion, qui partageront généreusement avec le public leurs connaissances, leurs goûts du mélange des traditions ainsi que leurs émotions artistiques.

Celle enfin d’une rencontre entre nos activités propres : à savoir la recherche et la création artistique. La musique est naturellement au cœur de la démarche. Le colloque, lieu savant, est une réunion d’échange et de discussion destinée à créer du sens par la confrontation des expériences et des idées. Le concert, lieu sensible, est un moment de découverte et de partage des émotions. Ces deux voies de partage permettent de porter un nouveau regard sur un sujet qu’on a tôt fait de traiter toujours de la même façon, dans le temps court, sans savoir. Les Voix de Jérusalem invitent à rappeler l’importance des connaissances et des émotions… Science et art, tournés vers le même sujet, se complètent. Nous croyons que ces deux piliers, en dialoguant, établissent de nouveaux discours et créent de nouveaux regards, en écho aux valeurs de l’UNESCO : favoriser la paix et défendant la coopération internationale, notamment culturelle.

Le défi était grand, les embûches furent nombreuses, mais nous sommes heureux de célébrer Vézelay et Jérusalem par ce vecteur unique de l’histoire et des émotions : la voix.

Un grand merci à tous : chercheurs, musiciens, communautés religieuses, partenaires, équipes, donateurs sans lesquels rien n’aurait été possible.

Vézelay méritait ce grand moment à la hauteur de son aura intellectuelle, artistique et spirituelle dont nous sommes, humblement et collectivement, les garants et les continuateurs.

 

François DELAGOUTTE, directeur général de la Cité de la Voix
Nicolas DUFETEL, chargé de recherche CNRS – directeur-adjoint de l’IREMUS

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