Cité de la Voix 18.09.19 François Delagoutte

Quotidiennes 2019, les fruits mûrs d’un été musical à Vézelay

Les pics caniculaires de la saison estivale n’auront pas eu raison de l’enthousiasme des quatre jeunes ensembles sélectionnés pour les Quotidiennes 2019. Ni celui du public, « des fidèles » aux touristes venus nombreux pour les découvrir.

Il faut dire qu’au terme de la 8e année, le dispositif est désormais bien rodé. En retracer l’histoire serait faire injure à votre fidélité ! Une chose est certaine : pour nous, recevoir ces jeunes musiciens, les accompagner est toujours un moment de découverte rafraichissant, artistiquement et humainement. On sait que pour eux, l’étape vézelienne est importante à bien des égards.

L’an passé, en introduction de la désormais fameuse saga de l’été (durant laquelle vous découvrirez chaque semaine, une vidéo d’un ensemble), j’avais particulièrement insisté sur la diversité des publics et le caractère inédit des moments musicaux dans la basilique. Un papier d’ambiance imprégné de tout ce qu’un regard neuf peut porter dans l’enthousiasme de son arrivée. Rassurez-vous, tout reste aujourd’hui valable ou presque.

Allons cette fois sur un tout autre terrain.

En remontant d’abord au temps des candidatures : elles étaient au nombre de 60 pour ce cru 2019, avec 4 places disponibles in fine. Certes, on peut d’abord se réjouir d’un dispositif bien identifié par les jeunes musiciens comme en témoigne le nombre important de candidatures. C’est vrai, mais quand on y regarde de plus près, ce n’est pas si rassurant. Le nombre non dérisoire de postulants déjà bien installés dans le paysage musical ayant un besoin urgent de temps de travail m’a particulièrement interpellé. Dans ce cas, toutes les portes semblent bonnes à pousser au-delà même de la cible initiale du dispositif. Si certains trouveront en effet leur place plus tard à la Cité de la Voix, ce constat donne l’occasion de mettre en lumière la difficulté croissante des ensembles de prévoir, de consacrer un temps indispensable de recherche, de travail et de maturation de leurs projets. En bref, de disposer d’un temps nécessaire à la création dans de bonnes conditions.

Bien sûr, rien ne sert de surjouer le « ravi de la crèche ». Certains me diront de bon cœur que ce n’est pas nouveau. Le phénomène ne cesse toutefois de s’accentuer, si l’on en juge par l’explosion des demandes que nous recevons à l’année.

Et puis le dire et le redire n’est guère chose inutile quand on constate à quel point il est toujours difficile de « valoriser » un travail qui ne se voit pas. Quand on achète une baguette de pain, ne faut-il pas que la pâte à pain soit patiemment pétrie et la qualité du savoir-faire d’un artisan. La majeure partie du labeur est invisible et pourtant incontournable. On peut aussi acheter du pain réchauffé sorti du congélateur et fabriqué à la hâte avec de mauvaises farines. Qu’on me pardonne la métaphore boulangère, mais la musique c’est un peu la même histoire.

On le sait, la vitalité des ensembles indépendants nourrit la qualité et la diversité de la vie musicale sur nos territoires. Nous ne pouvons que saluer l’audace de ces jeunes musiciens entrepreneurs – car il faut l’être aujourd’hui et sur tous les plans –, eux qui se lancent avec passion dans l’aventure !

Alors oui, on ne peut qu’approuver les intentions qui consistent à remettre l’artiste au cœur des projets culturels. Car oui, sans artiste et sans création, il n’y a aucune transmission possible. On pourrait déjà se réjouir « d’un bon sens » qui entend privilégier un « bon ordre ». Mais le faire doit se traduire par des actes qui s’inscrivent dans ce temps indispensable à la création, avec des moyens pour l’accompagner – et je dirais même la protéger.

Prendre le temps ne doit pas être une injure, mais un gage de qualité et l’assurance d’un enrichissement. À Vézelay, nous avons de la chance car nous pouvons continuer à accueillir de jeunes artistes pour qu’ils prennent ce temps.

Outre leurs différences à bien des égards, les jeunes musiciens d’Apotropaïk, d’Il Buranello, de La Fugitive et de Cosmos partagent toutefois quelques points communs. J’en noterai seulement quelques-uns.

D’abord, un niveau musical et technique élevé qui témoigne du haut niveau de formation non seulement en France mais aussi plus largement eu Europe… : attention les anciens, ils arrivent ! Ensuite, le goût pour la recherche de répertoires avec un travail musicologique en amont parfois forcené, pour concilier une démarche « dite » historiquement informée et une liberté de choix dans l’interprétation : qu’on se le dise, les jeunes musiciens ont une curiosité et une culture musicale qu’ils aiment développer autant que s’en affranchir ! Et enfin, j’en parlais plus haut, un état d’esprit « entreprenant » : aujourd’hui, être indépendant signifie être sur tous les fronts et surtout se battre pour s’imposer. Ils le savent et sont prêts à en découdre à un moment où il faut assumer une identité et défendre bec et ongles son projet !

Je terminerai là, en disant tout simplement quel bonheur nous avons eu à les accueillir cet été en remerciant aussi, les communes et associations partenaires : celles de Cravant, de Gurgy, l’association des amis de l’église de Chassignelles et l’association des amis de l’église de Brosses. Nos échanges furent riches, sincères et directs au point même parfois, de susciter des changements de plan, de programmes, et d’inviter quelques imprévus… Ils se reconnaitront !

Petit hommage à notre Thibaud-show, qui aura mis tout son talent d’animateur lors de ces Quotidiennes, pour introduire et accompagner avec une pointe de gaieté non dénuée d’esprit, ces quatre semaines musicales.

 

Bon voyage et à l’année prochaine !

François DELAGOUTTE
Directeur de la Cité de la Voix

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