Rencontres Musicales de Vezelay 24.08.19 Live RMV

Cuisiner la musique avec Marc Meneau | RMV Live

Si vous avez l’œil attentif, vous aurez certainement remarqué parmi le public des Rencontres, le visage de Marc Meneau, grand nom de la cuisine française. À l’occasion du 20ème festival, ce chef mondialement réputé vous invite dimanche à un pique-nique champêtre  spécialement conçu pour l’édition anniversaire. Une savoureuse pause à laquelle le violon d’Alice Julien-Laferrière apportera un contrepoint musical.

 

Pouvez-vous nous parler de votre rapport à la musique ?

J’ai eu la chance de vivre en osmose complète pendant deux mois avec le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch (en 1991 au moment de l’enregistrement des Suites de Bach à la Basilique ndr) ; un privilège qui m’a ouvert les yeux et les oreilles. Avant, je n’avais pas de connexion avec la grande musique. Avec « Rostro », j’ai appris à faire la différence entre les interprètes d’un même morceau et c’est là que je me suis vraiment intéressé à la musique. Je la considère comme une connaissance qui a peu de limites et des millions d’interprétations possibles, comme en cuisine où l’on fait avec une carotte des centaines de plats différents. À mon sens, c’est sur ce point que se rejoignent la musique et la cuisine.

Une petite anecdote sur Rostro : un jour, alors que je déjeunais avec lui au restaurant à Paris, je lui ai demandé ce qu’il voulait comme vin et  il m’a répondu : « Choisis le vin, c’est toi l’homme de l’art ; si tu veux un morceau de musique, tu me le demandes ! ».

 

Vous inspirez-vous de la musique pour élaborer vos plats ?

Il y a peu encore, je composais mes recettes avec de la musique en fond sonore. Désormais, je la réserve pour mon plaisir personnel, elle m’aide à m’apaiser. La musique est pour moi une source de repos et de détente qui m’isole du reste du monde. C’est un paravent à la vie bruyante. De plus, de part son éventail très large et restreint en même temps, elle correspond totalement à ma philosophie de la cuisine, c’est à dire que je n’utilise qu’un ou deux produits dans une assiette ; à partir de trois, je suis à satiété de recherche. J’ai une certaine incompréhension de la cuisine mondialisée qui comporte quinze ou dix-sept goûts différents et qui sont, pour la plupart, totalement méconnus du commun des mortels. Je trouve que là, on essouffle le monde de la création. Je préfère rester dans ma philosophie avec trois notes de musique culinaire.

 

Comment avez-vous composé le pique-nique de dimanche ?

Il est conçu pour accompagner une manifestation qui se prépare depuis une année mais il a aussi pour but de séduire les gens. La table est un lieu de séduction. Le moment où l’on croque dans un morceau de pain et où l’on retrouve le beurre, le saucisson, le jambon apaise les sens. J’ai donc cherché des plats et des accompagnements qui correspondent à ce moment d’attente après la messe, que l’on partage autour d’un pique-nique. C’est ce qui va nous permettre d’apaiser notre réflexion sur ce qu’on a pu écouter (1) et en même temps de patienter jusqu’au concert de l’après-midi. J’imagine davantage ce pique-nique comme un outil que comme une création.

 

Propos recueillis par Margaux Neveu

(1) Le chœur les Métaboles participe à la messe de 10h à la basilique.

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